In June 2002 was created a European Working Group of Christians of the various countries of Europe; in March 2006, it was named the ‘Initiative of Christians for Europe’ or, in abbreviated form, IXE.
IXE is committed to pursuing four major objectives:
to give European Christians who wish to convey the social message of the Church an opportunity to meet and to come more productively to terms with their historic and cultural differences;
to launch a dialogue with society as a whole, and to articulate statements of position with regard to topics of relevance for the future of European society;
to encourage reflection about the process of European unification, particularly in dialogue with national and European institutions; and
to help organise events with a European objective on themes of current social relevance.
Generally speaking, the members of IXE are determined to promote a more energetic European awareness in debates at the national level.
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Message final prononcé par Jérôme VIGNON, président des Semaines sociales de France à l’issue de la conférence organisée à Bruxelles , en la Représentation permanente du Land de Baden Wurtemberg, le 1 juin sur « Les migrations-un défi pour l’Union européenne et les chrétiens en Europe ».
IXE regroupe en Europe un ensemble de mouvements de laïcs chrétiens, attachés à la construction européen, particulièrement aux finalités de long terme qu’elle incarne.
Pourquoi avoir choisi le thème des migrations pour s’adresser aujourd’hui aux représentants des institutions, Parlement européen et Commission? C’est l’an dernier, au moment d’un appel destiné aux citoyens comme aux futurs élus du Parlement européen que nous avons décidé de mettre particulièrement l’accent sur l’enjeu européen des migrations. A leur égard se manifestent dans nos opinions publiques une anxiété et une hostilité qui pèsent sur le climat politique général au point d’altérer le projet européen lui même. Car ce sont les mêmes craintes qui font dire « non » aux migrations et aux étrangers et qui font dire « non » à l’Europe elle-même. Après les résultats des élections de juin 2009, nous avons été frappés par la montée du vote extrême dans beaucoup de pays, reflétée aussi dans la composition actuelle du PE.
Face à ces tendances, les responsables politiques eux-mêmes sont à la peine. Ils savent qu’il est beaucoup plus facile de gagner la confiance d’une part importante de l’électorat en adoptant une attitude réservée à l’égard des migrants que l’inverse. Ainsi les partis racistes ou xénophobes exercent-ils une influence indirecte considérable et restrictive sur l’ensemble des orientations politiques européennes.
Mais pourquoi est-ce si difficile de tenir aux citoyens un langage de raison sur l’immigration ? Il ya quelques années, en 1997, les Semaines sociales de France avaient tenu leur rassemblement annuel déjà sur ce thème. Le grand philosophe chrétien Paul RICOEUR s’était alors penché sur cette difficulté. Entre autres raisons de la frilosité de l’opinion, il en avait avancé deux au regard desquelles les Eglises chrétiennes ont une contribution à apporter :
Ricoeur incriminait d’abord la perte de la mémoire collective des migrations qui à un moment donné ou à un autre avaient marqué le développement de chaque peuple : l’expatriation pour certains d’entre eux, comme la Pologne, l’Irlande ou le Portugal ; le rassemblement de cultures aux origines contrastées dans une nation unique, comme la France, l’Allemagne ou l’Autriche. La religion avait alors joué un rôle majeur dans la construction de valeurs communes au-delà des différences culturelles.
Le philosophe soulignait aussi le raidissement de l’appartenance à une communauté nationale en ce temps de mondialisation: le ressenti d’une mondialisation aliénante conduit à un repli identitaire peu propice à l’ouverture à d’autres cultures. Précisément, la foi chrétienne annonce et propose les conditions d’une appartenance ouverte : ni désaffiliée de toute communauté de culture et de traditions ; ni exclusive au point de rendre impossible un lien de reconnaissance en égale dignité. C’est le sens du message fondateur qu’adresse Saint Paul, l’Apôtre d’un christianisme universel, dans son épître aux Galates. Lorsqu’il y affirme que « désormais il n’y a plus ni juifs, ni grecs, ni païens, mais que tous sont frères en Jésus Christ », il n’efface pas les appartenances diverses des uns et des autres, au travers desquelles ils vivent, s’expriment et se développent dans leur communauté locale ou nationale. Il ne proclame pas d’avantage une citoyenneté qui remplacerait les autres et rendrait caduques les nations. Le Christianisme n’est pas une patrie de substitution [1]. Mais il offre par l’esprit de fraternité, la possibilité de fonder un dialogue constructif entre les nations, et au sein d’une nation, entre les diverses composantes culturelles, sans que ces composantes se trouvent dévalorisées ou amoindries.
Voilà donc pourquoi, au fond des choses, les mouvements de laïcs chrétiens que nous représentons souhaitent se manifester sur le terrain des politiques migratoires européennes, comme nous y a d’ailleurs pressé Jean Claude DE BROUWER, représentant aujourd’hui la Commissaire Cécilia MALMSTRÖM. Ce que nous avons à dire se fonde sur l’expérience et l’engagement des mouvements de la diaconie chrétienne, tel Jesuit Refugees Service ou Caritas Belgique, qui ont donné aujourd’hui un témoignage crédible. Ce message s’adresse d’abord aux citoyens de l’Union, ensuite aux responsables politiques particulièrement à ceux qui exercent un mandat au sein des institutions communes.
A l’attention de nos concitoyens,
Nous les invitons à puiser dans leur mémoire, dans leurs traditions culturelles vivantes tissées de mouvements et de rencontres, au sein et à l’extérieur de leurs frontières nationales. Ainsi pouvons-nous donner en exemple l’organisation originale des ACLI membre d’IXE, présentée au cours de cette conférence par Pino GULIA. Syndicalistes italiens de sensibilité chrétienne, les ACLI demeurent les héritiers de la grande tradition de diaspora italienne qui a vu des travailleurs italiens contraints de s’expatrier dans le monde entier. Sensibles de ce fait à la condition de l’étranger, les ACLI sont présents dans le monde entier, non seulement pour être la voix en Italie des émigrants de la diaspora nationale, mais aussi pour assister et informer les travailleurs migrants potentiellement attirés par le grand voyage vers l’Italie, pour qu’ils sachent à l’avance ce que seront leurs droits et leurs obligations.
Nous encourageons nos concitoyens à prendre connaissance et à s’informer des faits réels concernant l’apport des migrants aux pays d’accueil, notamment au fonctionnement des services publics et sociaux essentiels, ainsi que leur impact sur le marché du travail et sur les salaires des pays d’accueil, tels qu’ils nous ont été présentés par Herbert BRÜCKER. Nous invitons les associations professionnelles de nos pays, patronales et syndicales, à faire connaître l’apport des migrants au meilleur fonctionnement des marchés du travail, en s’appuyant sur les données statistiques objectives et les évaluations scientifiques existantes. Nous reconnaissons que nous mêmes, associations de laïcs chrétiens, devons nous former d’avantage à la complexité des aspects juridiques, nationaux et internationaux qui entourent le pilotage et donc l’humanisation de ce vaste « processus des flux de populations », tel que l’a désigné cet après-midi Raphaëlle d’YVOIRE.
Nous invitons nos concitoyens à regarder la venue de nouveaux migrants, ainsi que l’accueil et l’installation des migrants de la seconde génération comme un investissement porteur d’avenir. Comme cela a été souligné cet après midi par nos experts, ceux qui décident aujourd’hui, venant d’Afrique, de se lancer dans le périple vers l’Europe, sont dotés de qualités essentielles de volonté et de courage ; ils sont le plus souvent animés par un désir d’apprentissage et de réussite. Ils constituent pour l’Europe et pour leur pays d’origine un potentiel d’avenir, pour peu que les investissements sociaux en logement, éducation et formation complémentaires soient effectués : telle est bien l’expérience attestée par Caritas Belgique, par exemple. Cette confiance dans un avenir commun s’illustre d’ailleurs dans le nombre croissant des unions entre Européens et migrants.
Message à l’attention des dirigeants politiques
L’Union veut maîtriser les flux migratoires, gérer rationnellement le flux net positif de migrants extérieurs dont elle est tributaire pour des raisons démographiques, au cours des 20 à 30 années à venir. Mais il faut que les principes fondamentaux sous jacent à cette politique redeviennent visibles. Ce n’est pas le cas aujourd’hui. En raison même du caractère intergouvernemental de la prise de décision, les politiques européennes apparaissent morcelées, fruits des priorités particulières changeantes des présidences successives du Conseil des ministres : tantôt la promotion d’une immigration économique , liées aux besoins du marché du travail européen ; tantôt la préservation des droits fondamentaux des migrants les plus vulnérables, notamment les déboutés du droit d’asile ou en attente de l’application de ce droit ; tantôt la protection des citoyens contre les risques d’insécurité associés avec le terrorisme international ; tantôt la définition de conditions a priori, censées garantir une bonne intégration ultérieure. Cette dispersion des enjeux est la cause d’un flou dans l’impulsion européenne. Elle contribue à l’incohérence dans les règles nationales qui résultent de la mise en œuvre du droit dérivé européen. Il en résulte des difficultés d’application concrète sur le terrain, dont souffrent en premier lieu les migrants économiques ou familiaux.
De ce point de vue, la communautarisation des politiques migratoires, rendues possibles par le nouveau Traité depuis fin 2009, est une vraie chance. Nous proposons que la valeur du droit à la mobilité, pierre angulaire du droit communautaire interne et fondement de la citoyenneté européenne, serve aussi de principe unificateur des politiques de migrations de l’Union, moyennant autant que nécessaire, des restrictions reflétant les contraintes et les délais de l’intégration. La mobilité reflèterait mieux que l’expatriation définitive les changements que connaissent aujourd’hui les courants migratoires multilatéraux et réciproques mondiaux et européens. Autour de ce principe unificateur, d’autres politiques européennes pourraient jouer un rôle conciliateur et apaisant entre les communautés nationales et migrantes : en particulier la Politique extérieure commune dans la relation avec les pays d’émigration et de transits autour du bassin méditerranéen ; la convergence des politiques nationales de régularisation, où le manque de concertation est une source de tension au sein de l’Union.
Selon la tradition de l’enseignement social chrétien, ce droit fondamental à la mobilité internationale n’entraîne pas en effet que les Etats, dans le cadre commun de l’Union européenne, ne disposent pas de facultés de régulation. Il ne retire pas à nos Etats la possibilité de dire non à tel ou tel type de demande, comme y a insisté notre invité, membre du PE, Manfred WEBER, exception faite de l’hospitalité inconditionnelle due aux personnes dans le cadre du droit d’asile, droit européen fondamental. Mais étant donné les enjeux de dignité de la personne humaine qui s’attachent au droit à la mobilité, la tradition sociale chrétienne demande que les régulations nationales soient clairement motivées par des raisons d’intérêt général. De même les critères de légalisation ou de rejet des demandes de régularisation émanant de travailleurs sans papiers doivent-ils être clairs et prévisibles, pour être mis en œuvre en toute transparence et équité, selon des exigences de dignité des personnes concernées.
Chers amis, ce sont les quelques messages qu’avec modestie et confiance, nous nous permettons d’adresser ensemble à nos concitoyens et à nos responsables politiques. Modestie, car nous sommes conscients de la complexité des difficultés et des compétences. Confiance dans la source de l’inspiration qui anime ceux dont les actions exemplaires d’accueil et de solidarité peuvent toucher nos opinions publiques.
Jérôme Vignon Président des Semaines sociales de France.